À la fin de l’année 2025, l’Union européenne se prépare à une nouvelle vague de projets qui marqueront le développement technologique de la défense dans les années à venir. Bruxelles a publié le programme de travail du Fonds européen de défense (EDF) pour 2026, qui prévoit dix appels (sept thématiques et trois non thématiques) totalisant près d’un milliard d’euros et couvrant aussi bien des technologies de caractère stratégique que des lignes spécifiquement pensées pour les PME. L’objectif est de financer des projets visant à renforcer la base industrielle et l’autonomie technologique du Vieux Continent dans ce domaine.
Le document détaille 31 topics assortis d’orientations précises définissant leur rôle au sein des priorités fixées par la Commission européenne. Les appels s’articulent autour de plusieurs catégories technologiques telles que les capteurs avancés, la cybersécurité, l’espace, la transformation numérique ou encore les matériaux.
Technologies clés dans de multiples domaines
Le programme prévoit des actions de recherche et développement en matière de contre-mesures médicales, de technologies de décontamination, de capacités de détection multidomaine et de systèmes de guerre électronique. Dans le domaine du cyberespace, la ligne dédiée aux réseaux tactiques sécurisés fondés sur des technologies quantiques reflète l’intérêt porté au renforcement des communications dans des scénarios très exigeants. L’espace occupe également une place notable avec l’intégration de récepteurs Galileo PRS dans les plateformes d’armement et les centres opérationnels militaires, un enjeu qui s’appuie sur l’essor des services spatiaux européens pour un usage dans des environnements critiques.
La transformation numérique apparaît dans des initiatives axées sur la connaissance tactique de la situation grâce à des essaims de robots et de drones, ainsi que sur des services en nuage pour les opérations militaires. La transition énergétique et la résilience sont également présentes dans l’appel, avec des thèmes consacrés au développement d’un nouveau turboréacteur, de systèmes énergétiques à haute efficacité et de plateformes non habitées pour la collecte et l’élimination de déchets de munitions. Dans le domaine des matériaux, figure le développement de textiles intelligents et multifonctionnels conçus pour des environnements opérationnels complexes. L’ampleur de ces contenus montre la diversité des secteurs susceptibles de bénéficier du financement, allant des fabricants de composants et systèmes aux centres de recherche appliquée.
Capacités avancées sur tous les fronts
Le volet consacré au combat aérien inclut le développement de technologies de ravitaillement autonome des aéronefs, de systèmes d’autoprotection et d’outils intelligents pour les futures plateformes de combat. La défense antimissile intègre l’analyse des menaces provenant de véhicules hypersoniques et de systèmes d’interception de haute performance. Dans le domaine terrestre, le programme prévoit des initiatives pour un lance-roquettes multiple et pour des plateformes de chars de combat de nouvelle génération.
La mobilité et la protection des forces figurent également dans la planification, avec des projets portant sur des aéronefs légers multirôles et sur des systèmes de mobilité militaire numérique sécurisée. Le volet maritime se traduit par le développement de navires semi-autonomes de taille moyenne, tandis que le volet sous-marin intègre des modèles prédictifs de bruit sous-marin et des solutions destinées à protéger les infrastructures critiques du fond marin. L’entraînement et la simulation sont abordés via un cadre d’intelligence artificielle appliquée à la prise de décision militaire, un domaine qui s’est consolidé au fil des derniers programmes européens.
Innovation disruptive et coopération européenne
Une part significative de l’effort est consacrée aux technologies disruptives. Le document inclut des topics centrés sur de nouvelles capacités de détection au-delà de l’horizon et sur des actions non thématiques destinées à des innovations au potentiel transformateur pour la défense. Cette orientation est complétée par des appels spécifiques pour les PME et les organismes de recherche, ainsi que par des lignes exclusivement réservées aux petites et moyennes entreprises.
L’ensemble des mesures est renforcé par des services d’appui dans le cadre du dispositif EUDIS, comprenant des défis technologiques, des actions visant à faciliter l’adaptation de technologies civiles aux besoins de la défense, des instruments de financement et des rencontres destinées à favoriser la participation d’acteurs moins expérimentés dans le secteur.
Les conditions de participation maintiennent l’accent sur la collaboration transnationale, caractéristique essentielle de l’EDF. Les consortiums doivent réunir des entités de plusieurs États membres ou pays associés, ce qui permet d’intégrer des capacités industrielles diverses et d’éviter les doublons. La Commission européenne fixe également des critères liés à la sécurité d’approvisionnement, à la propriété intellectuelle et à la capacité d’exploitation industrielle des résultats. La localisation des activités et l’origine des bénéficiaires sont aussi soumises à des exigences destinées à préserver l’autonomie stratégique de l’UE.