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Innovation Scoreboard

La France reste un innovateur fort, mais inégal

Les points clés de cet article

La France confirme en 2026 son statut d’« innovateur fort » dans le European Innovation Scoreboard, avec un indice de 109,1 % de la moyenne de l’UE et une 10e place parmi les États membres. Le pays s’appuie sur un capital humain très solide, un soutien public à l’innovation parmi les plus élevés de l’Union et de bonnes performances en matière de numérisation et de productivité. En revanche, le rapport souligne encore plusieurs fragilités structurelles : l’investissement privé en R&D reste peu dynamique, la diffusion des technologies avancées dans les entreprises demeure insuffisante, et la transformation de l’innovation en propriété intellectuelle et en ventes de nouveaux produits reste incomplète.

Capital humain. La France progresse fortement et atteint la 4e place de l’UE en ressources humaines, portée par les nouveaux docteurs et l’enseignement supérieur.
Soutien public. Le pays reste premier de l’Union pour la catégorie « finance et soutien », grâce à un appui public très élevé à la R&D des entreprises.
Numérique. La digitalisation s’améliore nettement, mais les entreprises, surtout les PME, adoptent encore trop peu les technologies avancées.
Propriété intellectuelle. Les PME innovent activement, mais les marques et les dessins reculent et la conversion en actifs protégés reste limitée.
Commercialisation. L’emploi dans les entreprises innovantes reste solide, mais les ventes de nouvelles innovations demeurent faibles par rapport à la moyenne européenne.

La France reste, en 2026, un « innovateur fort » selon le European Innovation Scoreboard, avec un indice de 109,1 % de la moyenne de l’UE. Elle se classe au 10e rang parmi les États membres et au 13e rang si l’on inclut les pays voisins. Le pays progresse encore par rapport à 2019 (+11,2 points) et à 2025 (+2,2 points), mais demeure sous la moyenne des innovateurs forts de l’Union, fixée à 113,9 %. Le tableau d’ensemble est donc solide, sans être pleinement à la hauteur du groupe de tête.

Le socle français repose d’abord sur le capital humain. En 2026, la France atteint 140,5 % de la moyenne européenne pour la dimension des ressources humaines et grimpe à la 4e place des 27, contre la 7e un an plus tôt. Le pays occupe même le 1er rang européen pour les nouveaux diplômés de doctorat, tandis que l’enseignement supérieur et la formation tout au long de la vie restent également au-dessus de la moyenne de l’UE. En revanche, le rapport souligne des pénuries de compétences dans les métiers numériques et techniques, qui continuent de peser sur le recrutement dans les entreprises.

Soutien public record, investissement privé en retrait

La France se distingue aussi par la vigueur de sa politique de soutien à l’innovation. La catégorie « finance et soutien » demeure la plus forte de l’Union, à 150,4 % de la moyenne européenne, même si elle recule nettement sur un an. Le repli s’explique presque entièrement par la correction du capital-risque, qui baisse à 192,3 % de la moyenne de l’UE après un niveau plus élevé en 2025. En parallèle, l’aide publique directe et indirecte à la R&D des entreprises reste la première de l’Union, à 185,9 %, et les dépenses publiques de R&D se situent juste sous la moyenne européenne. Le document insiste toutefois sur un point structurel : l’investissement des entreprises françaises en R&D est resté globalement stagnant depuis plus d’une décennie.

Numérisation en progrès, rattrapage incomplet

Dans les technologies numériques, le pays enregistre une amélioration nette, mais encore incomplète. L’indice de digitalisation passe à 110,2 %, ce qui place la France au 9e rang, contre le 12e en 2025. Les compétences numériques de base progressent, tout comme l’accès au haut débit. Pourtant, le rapport rappelle que la diffusion des technologies avancées et la numérisation des entreprises restent insuffisantes, en particulier chez les PME. C’est aussi visible dans l’indice d’intensité numérique des entreprises, largement inférieur à la moyenne européenne. La hausse du cloud computing constitue un signal encourageant, mais le document parle davantage d’un rebond à partir d’un point bas que d’un rattrapage structurel.

Une innovation active, mais peu protégée

Les activités d’innovation présentent un profil contrasté. Les PME françaises innovent de manière active, avec des résultats légèrement supérieurs à la moyenne européenne pour les innovations de produit et pour les innovations de processus. Les collaborations entre PME innovantes restent aussi un point fort, ce qui témoigne d’une culture de partenariat bien ancrée. En revanche, la mobilité des professionnels de la science et de la technologie ralentit, signe d’un marché de l’emploi plus froid pour les profils les plus qualifiés. Surtout, les actifs intellectuels demeurent une faiblesse structurelle : les dépôts de marques reculent nettement et les dessins perdent du terrain, même si les demandes de brevets PCT restent au-dessus de la moyenne de l’UE. Le rapport conclut que la transformation de l’activité innovante en propriété intellectuelle formelle reste un chantier majeur.

Des résultats solides, mais encore mal convertis

C’est sur les effets économiques que l’écart entre capacités et résultats devient le plus visible. L’emploi dans les entreprises innovantes se situe au-dessus de la moyenne européenne, ce qui confirme la capacité du système français à générer des emplois qualifiés. Mais les ventes d’innovations nouvelles pour le marché ou pour l’entreprise restent faibles, à 52,1 % de la moyenne de l’UE, ce qui traduit toujours des difficultés à faire passer les innovations à l’échelle commerciale. Les impacts sur le commerce sont plus favorables : la France progresse et se classe au 4e rang de l’Union sur cette dimension, mais ses exportations de produits de moyenne et haute technologie, comme ses exportations de services intensifs en connaissance, restent en dessous de la moyenne européenne. En revanche, la productivité des ressources, la productivité liée au CO₂ et la productivité du travail placent la France parmi les meilleurs résultats de l’UE.

Le profil structurel du pays aide à comprendre cette ambivalence. La France dispose d’une économie avancée, très servicielle, dominée par les grandes entreprises, avec une part de services intensifs en connaissance supérieure à la moyenne européenne. Mais le tissu entrepreneurial reste moins dynamique que dans l’UE : les créations d’entreprises et la part des jeunes entreprises à forte croissance sont inférieures à la moyenne.

Financement européen à renforcer

Le document note aussi que la France sous-performe encore en intensité de financement d’Horizon Europe par chercheur, malgré son rang élevé en valeur absolue et le rôle majeur du CNRS. Les politiques publiques – crédit d’impôt recherche, pôles de compétitivité, France 2030 – soutiennent l’écosystème, mais le défi reste d’améliorer la diffusion territoriale, la coopération science-entreprise et la commercialisation. Sur le plan environnemental, la France se situe au-dessus de la moyenne européenne pour l’éco-innovation et le recyclage des matières, tandis que sa démographie demeure favorable, avec 68,7 millions d’habitants et une croissance annuelle en ligne avec celle de l’UE.