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Semestre européen
Bruxelles recommande plus de R&D, de financement et de transferts vers les entreprises
Les points clés de cet article
La Commission européenne place la compétitivité au cœur du Semestre européen 2026 et estime que l’Europe doit réduire son déficit d’innovation pour renforcer sa productivité et son autonomie stratégique. Dans ce contexte, la France dispose d’atouts importants en matière de recherche, d’industrie et de technologies, mais elle reste confrontée à plusieurs défis : une croissance modérée, une intensité de R&D privée insuffisante, des difficultés de transfert de connaissances, un déficit de financement pour les scale-up, une digitalisation encore incomplète des PME et des pénuries de compétences dans des secteurs stratégiques.
La Commission européenne place la compétitivité au cœur du Semestre européen 2026. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, la concurrence mondiale, la volatilité énergétique, la pression sur les chaînes d’approvisionnement et l’accélération technologique, Bruxelles demande aux États membres d’aligner leurs réformes et leurs investissements sur une priorité claire : renforcer la productivité, l’innovation et l’autonomie stratégique de l’Union européenne.
Le message général du Spring Package 2026 est que l’Europe doit combler son déficit d’innovation. Bruxelles rappelle que les dépenses de R&D de l’UE sont restées à 2,2 % du PIB en 2024, derrière les États-Unis et le Japon, tous deux à 3,4 %, la Corée du Sud, à 5,0 %, et la Chine, qui a dépassé l’UE depuis 2020 et atteint 2,6 %. Pour la Commission européenne, l’enjeu n’est pas seulement d’investir davantage, mais de mieux transformer la connaissance scientifique en innovation entrepreneuriale, en croissance industrielle, en technologies stratégiques et en entreprises capables de changer d’échelle.
Dans ce cadre, le cas de la France est particulier. Le pays dispose d’une base scientifique, industrielle et technologique importante, mais le rapport 2026 de la Commission européenne souligne plusieurs fragilités qui pèsent sur sa compétitivité : croissance faible, productivité encore insuffisante, stagnation de l’intensité de R&D des entreprises, complexité administrative, difficultés de transfert entre recherche publique et entreprises, retard de digitalisation des PME et besoins importants de financement pour les scale-up.
Le rapport pays indique que la croissance française est restée limitée en 2025, avec une progression du PIB réel de 0,8 %. La Commission européenne prévoit une croissance également de 0,8 % en 2026, puis de 1,1 % en 2027. Si la compétitivité-prix de la France continue de s’améliorer par rapport à d’autres États membres, la productivité du travail reste freinée par un faible approfondissement du capital et une productivité totale des facteurs quasiment stagnante.
Pour Bruxelles, cette situation renforce la nécessité d’investir davantage dans la R&D privée, la digitalisation des entreprises et les actifs immatériels. Le rapport note également que les entreprises françaises, en particulier les PME, ne semblent pas exploiter pleinement les opportunités d’exportation offertes par le marché unique européen. La compétitivité française ne dépend donc pas seulement des coûts, mais aussi de la capacité à innover, à se digitaliser, à exporter et à faire grandir les entreprises.
La France consacre des moyens significatifs au soutien public à la R&D des entreprises, mais les résultats restent en deçà des attentes. Selon la Commission européenne, l’intensité totale de R&D est restée stable à 2,18 % du PIB en 2024, sous la moyenne de l’UE et loin de l’objectif de 3 %. L’intensité de R&D publique a légèrement reculé depuis 2011, passant de 0,76 % du PIB à 0,70 % en 2024, tandis que la R&D privée stagne autour de 1,44 % du PIB, un niveau légèrement inférieur à la moyenne européenne.
Le principal instrument français, le Crédit d’impôt recherche, devrait atteindre 8 milliards d’euros en 2026, soit 0,3 % du PIB. Toutefois, Bruxelles estime que ce soutien n’a pas suffisamment amélioré l’intensité de R&D ni les résultats d’innovation. Les données citées par la Commission européenne suggèrent que le dispositif est plus efficace pour les PME que pour les grandes entreprises, et que son ciblage pourrait être amélioré.
Les recommandations spécifiques pour la France vont dans ce sens. Bruxelles demande de renforcer l’intensité de R&D des entreprises en ciblant mieux les dispositifs de soutien public, de promouvoir la diffusion de l’innovation et de soutenir l’innovation de rupture par un programme d’investissement pluriannuel.
À ce propos, le rapport souligne le rôle structurant du plan France 2030, lancé en 2021 et doté de 54 milliards d’euros. Ce plan soutient l’ensemble du continuum recherche-innovation, de la recherche fondamentale au déploiement industriel, dans des secteurs stratégiques, notamment numériques et intensifs en R&D.
La Commission européenne reconnaît que France 2030 a favorisé l’innovation de rupture, l’investissement immatériel et le renouveau industriel. Mais elle souligne également une incertitude importante : le plan doit s’éteindre en 2027 et aucun dispositif successeur n’est clairement identifié. Bruxelles estime qu’un programme d’investissement stratégique pluriannuel, mieux gouverné et couvrant tout le cycle recherche-innovation, pourrait soutenir le déploiement de nouvelles technologies, la souveraineté industrielle, la sécurité économique et la croissance de long terme.
Le transfert de connaissances est l’un des points clés du diagnostic français. La France dispose de nombreux instruments et structures destinés à rapprocher recherche publique et entreprises : SATT, instituts de recherche technologique, instituts hospitalo-universitaires et autres dispositifs de valorisation. Pourtant, la Commission européenne considère que cet écosystème reste trop complexe et trop fragmenté.
Le rapport indique que les contrats et les collaborations entre entreprises et laboratoires publics restent limités. La France reste sous la moyenne européenne pour la R&D publique financée par les entreprises, tandis que les copublications public-privé, bien qu’au-dessus de la moyenne de l’UE, stagnent depuis dix ans.
Les recommandations européennes demandent donc de rendre plus efficaces les écosystèmes de collaboration entre monde académique et entreprises. L’objectif est d’améliorer les résultats en matière de brevets, de protection de la propriété intellectuelle, de création d’entreprises et de valorisation économique de la recherche.
La France possède un écosystème de start-up dynamique. Le rapport note que le nombre de licornes françaises a été multiplié par six en dix ans, ce qui place la France parmi les premiers producteurs de licornes dans l’UE. Toutefois, les scale-up continuent de faire face à un déficit de financement important.
La Commission souligne que le capital-risque progresse mais ne suffit pas à répondre aux besoins des entreprises à forte croissance. Une entreprise française a levé en moyenne seulement 60 % du capital obtenu par une entreprise comparable aux États-Unis dix ans après sa création. Or les scale-up sont généralement plus productives et plus innovantes que les autres entreprises.
Bruxelles recommande donc d’encourager l’investissement en fonds propres par les investisseurs institutionnels et particuliers, en particulier pour soutenir les scale-up et le deep tech. La Commission européenne mentionne notamment la mobilisation des investisseurs institutionnels, l’investissement de détail et l’accès aux marchés d’introduction en bourse.
La digitalisation des PME françaises progresse, mais reste insuffisante. En 2025, 69,44 % des PME françaises disposaient d’un niveau de base d’intensité numérique, contre 51,97 % en 2023. Malgré cette amélioration, la France reste sous la moyenne de l’UE, qui atteint 71,39 %.
Les principaux freins identifiés sont le manque d’expertise et de compétences, les préoccupations en matière de cybersécurité et les contraintes financières, notamment lorsque le retour sur investissement reste difficile à évaluer. La Commission européenne considère que ce retard de digitalisation, en particulier dans les PME, pèse sur la productivité et la compétitivité françaises.
France Num reste le principal outil public de soutien à la digitalisation de base des PME et très petites entreprises. Le plan Osez l’IA vise à diffuser l’intelligence artificielle dans les grandes entreprises et les PME, avec l’objectif de toucher 100 % des grandes entreprises et 80 % des PME. Toutefois, Bruxelles note que ce plan n’est ni spécifiquement ciblé sur les PME, ni centré sur la digitalisation de base.
La Commission européenne insiste également sur la complexité administrative et réglementaire française. La loi de simplification de la vie économique, adoptée mi-avril 2026, introduit notamment un test entreprises et un Conseil de la simplification associant des représentants du monde économique. Elle facilite certains projets industriels, d’infrastructures, de centres de données et de transition énergétique.
Mais Bruxelles estime que des efforts supplémentaires sont nécessaires. Les restrictions restent élevées dans plusieurs professions, dans le commerce de détail et dans certains services. Les règles nationales d’emballage et d’étiquetage imposent également des charges de conformité au commerce de biens. Les recommandations demandent donc de simplifier davantage la réglementation nationale, de réduire les charges administratives et les restrictions pesant sur les entreprises, en particulier dans la construction et les services, et de lever les obstacles à la libre circulation des biens.
La transition écologique est également présentée comme un enjeu de compétitivité. La France dispose d’un mix électrique largement décarboné et de prix de gros de l’électricité parmi les plus bas de l’UE en 2025. Mais le rapport souligne que le potentiel d’électrification reste sous-exploité, notamment dans le transport, les bâtiments et l’industrie.
La France a atteint en 2024 son objectif juridiquement contraignant de 2020 sur les énergies renouvelables, avec quatre ans de retard. Elle reste en décalage par rapport à sa contribution indicative à l’objectif européen de 2030. Les procédures d’autorisation lentes et complexes restent un obstacle majeur.
La Commission européenne recommande d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables, de simplifier les procédures, de développer la flexibilité de la demande, le stockage et les réseaux électriques, ainsi que de renforcer les interconnexions transfrontalières. Le niveau d’interconnexion électrique de la France atteignait 5,44 % en 2025, loin de l’objectif européen de 15 % pour 2030.
Le capital humain est un autre levier décisif. Bruxelles constate des pénuries de compétences dans des secteurs clés comme l’industrie, la construction, la santé, les services sociaux et les technologies. Les métiers d’ingénieurs industriels et TIC figurent parmi ceux dont les perspectives de croissance sont les plus fortes, mais près d’un emploi sur quatre risque de rester vacant à cause des pénuries de compétences.
L’inscription dans les filières STEM diminue et reste inférieure à la moyenne européenne. La Commission recommande donc de mieux aligner la formation sur les besoins du marché du travail, y compris au niveau territorial, et de renforcer l’inscription dans les sciences, technologies, ingénierie et mathématiques.

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Parisa-Louise Darzi
Coordinatrice opérationnelle Projets nationaux

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Le Crédit d’Impôt Innovation (CII) est une extension du Crédit d’Impôt Recherche (CIR) qui s’applique aux dépenses effectuées jusqu’au 31 décembre 2027 par des PME. Les dépenses concernées sont liées à la réalisation d’opération de conception de prototypes ou d’installations pilotes d’un nouveau produit.