Le secteur maritime se trouve dans une période particulièrement active en matière de financement de la recherche et de l’innovation. Les nouvelles initiatives attendues dans les prochains mois en France et à Bruxelles, offrent aux acteurs de la filière plusieurs opportunités.
Les programmes européens
Innovation Fund
Une nouvelle étape est attendue en fin d’année avec l’Innovation Fund. La Commission européenne prépare en effet, dans le cadre de la campagne 2026-2027, un volet spécifiquement consacré au maritime. Il s’agira du premier appel à projets de l’Innovation Fund spécifiquement maritime, alors que le secteur bénéficiait jusqu’à présent des dispositifs Net-Zero Technologies et des auctions hydrogène. Des projets portant sur les carburants alternatifs, l’adaptation des navires ou d’autres technologies de décarbonation avaient ainsi déjà pu obtenir des financements.
Cette nouvelle approche répond aux difficultés rencontrées par les projets maritimes dans les dispositifs généralistes : investissements initiaux élevés, chaînes de valeur complexes, longs cycles de développement ou encore dépendance aux infrastructures portuaires. Le futur volet maritime devrait disposer de son propre budget et introduire des conditions adaptées au secteur, notamment concernant l’enregistrement des navires et leurs escales dans les ports européens. Une méthodologie spécifique de calcul des réductions d’émissions est également envisagée. Le budget et les conditions définitives restent toutefois à confirmer lors de la publication attendue en décembre. La clôture de cet appel à projets est prévue en avril 2027.
Mission Régénérer notre océan et nos eaux
Au niveau européen, Horizon Europe a récemment mobilisé une partie importante des financements consacrés au secteur par le biais de la Mission Régénérer notre océan et nos eaux. Cinq topics ont été ouverts en février 2026, pour une enveloppe indicative totale de 115,3 millions d’euros et ont été clôturés au 23 septembre 2026. Ils ont marqué le passage de la Mission à une phase davantage tournée vers le déploiement et le changement d’échelle des solutions développées ces dernières années.
Les projets recherchés couvraient un spectre particulièrement large. Un premier topic, doté de 31 millions d’euros, visait la démonstration à grande échelle de solutions permettant de cartographier la distribution et l’état des habitats marins. Un deuxième, également doté de 31 millions d’euros, portait sur des solutions favorables à la nature capables de lutter conjointement contre la pollution aquatique et la perte de biodiversité. Un troisième mobilise la même enveloppe pour développer des modèles de cogestion des écosystèmes et des ressources associant directement les pêcheurs. Ces trois lignes prévoyaient généralement une contribution européenne comprise entre 7 et 7,75 millions d’euros par projet.
Deux autres topics complétaient le dispositif. Le premier visait à favoriser la création d’un réseau européen coordonné de sites d’essai pour les technologies océaniques, afin de raccourcir les cycles d’innovation et de faciliter le passage du laboratoire à des solutions prêtes pour le marché. Il disposait de 2,9 millions d’euros. Le second consacrait 19,4 millions d’euros au développement des composantes régionales du jumeau numérique européen de l’océan, avec environ quatre projets attendus et des contributions européennes estimées entre 4 et 4,85 millions d’euros.
Les dispositifs nationaux
PEPR Grands fonds marins
En France, le Programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) Grands fonds marins : savoirs, usages, communs, financé dans le cadre de France 2030, constitue l’une des principales opportunités actuellement ouvertes pour la recherche maritime. Son appel à projets 2026, ouvert jusqu’au 17 novembre, cible le plancher océanique, son sous-sol et la colonne d’eau située sous 200 mètres. Il doit notamment renforcer les connaissances sur le fonctionnement de ces milieux, leur biodiversité et leur préservation face aux pressions humaines et au changement climatique.
Appel à manifestation d’intérêt Corimer
Le Conseil d’orientation pour la recherche et l’innovation des industriels de la mer (Corimer) a lancé le 29 juillet un appel à manifestation d’intérêt qui s’est clôturé 30 septembre 2026. Celui-ci ciblait notamment les navires intelligents et décarbonés, les chantiers navals du futur, les industries offshore ainsi que les enjeux de sécurité, de sûreté et d’environnement maritime. Recherche et innovation, démonstrateurs, pilotes, premières industrialisations et initiatives structurantes pour la filière pouvaient être proposés.
Ce dispositif n’accordait cependant pas directement de financement. Son objectif était de faire émerger et de caractériser les projets de la filière, d’identifier les collaborations possibles et de préciser leurs besoins de financement. Les informations recueillies doivent ainsi éclairer les futurs dispositifs de soutien public.
Les appels à projets à venir
C’est précisément ce qui rend l’exercice stratégique pour les entreprises françaises. Au-delà des financements déjà accessibles, le Corimer contribue à préparer les prochaines interventions publiques en faveur de l’innovation maritime. De nouveaux appels à projets sectoriels sont ainsi attendus à partir de 2027. Pour les industriels de la mer, l’enjeu consiste donc désormais à articuler deux temporalités : candidater aux dispositifs européens et nationaux actuellement ouverts, tout en faisant mûrir dès aujourd’hui les projets susceptibles de se positionner sur la prochaine génération de financements maritimes.