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« 5.000 megawatt au sein des territoires Wayuu »

Ne manquez pas la tribune publiée par El PaÍs (édition spéciale Planeta Futuro), qui reflète notre voyage au cœur du peuple indigène Wayuu pour réaliser des études d’impact des droits de l’Homme.

Mikel BERRAONDO et Adriana CIRIZA, experts en Innovation Sociale chez ZABALA Innovation Consulting, voyagent au cœur de ce peuple indigène originaire des Caraïbes, qui durant les prochaines années se verra entouré par des infrastructures d’énergie éolienne et solaire. Jusqu’à présent, leur mode de vie ne s’était pas vu impacté par un manque de routes praticables.

Au plus près de la communauté Wayuu

Quatre heures du matin dans une rancheria, quelque part à l’extreme Nord de l’Alta Guajira, entre Taroa et Nazareth. Le putchipu (entremetteur) Odilon MONTIEL salue pour faire savoir aux autorités traditionnelles qu’il a déjà rêvé, et que cela a été réconfortant. C’est le moment où les Wayuu – peuple originaire de la péninsule de Guajira, sur la mer des Caraïbes, qui vit principalement sur un territoire situé entre la Colombie et le Venezuela – partagent leurs rêves, interprètent leurs messages et prennent les décisions qui peuvent marquer l’avenir de leur famille ou de leur clan. C’est le moment solennel du mot en majuscules, qui n’a besoin d’être prononcé que pour devenir un engagement indéfectible.

À ce moment-là, Putchipu partage avec les autorités traditionnelles la situation qui se présente sur la Alta Guajira, ce lieu où même José Arcadio Buendía n’est pas arrivé dans ses 100 ans de solitude ; ce lieu qui ne peut être atteint qu’en traversant des pistes de sable que seuls les habitants connaissent ; ce lieu de sanctuaire pour toutes les divinités de ce peuple autochtone ; ce lieu où se trouvent les cimetières où doivent avoir lieu trois enterrements de chaque corps pour que les âmes puissent se rendre au Je’pira, l’espace sacré des âmes Wayuu. En ce milieu d’année 2020, ce lieu fonctionne au rythme fixé par les dieux et où la parole et le respect des règles culturelles deviennent une question d’honneur.

La situation n’est pas nouvelle pour les peuples indigènes. Ce n’est pas nouveau non plus pour le peuple Wayuu, qui subit depuis 40 ans la barbarie de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert des Amériques. Au cours des cinq prochaines années, plus de 5 000 mégawatts d’énergie éolienne et solaire seront installés sur les territoires d’origine de ce peuple indigène. Un endroit qui avait réussi à rester intact grâce au manque de communication et de routes. Les énergies renouvelables, oui, mais pour être installées, elles devront transformer la région avec des infrastructures qui n’existent pas encore. L’entreprise, le capital, le capitalisme, un symbole de l’individualisme par opposition à une culture dont la coexistence collective est le fondement de l’éducation et le sens de la socialisation. Ce type de participation a un caractère économique, juridique, social, politique et moral, et c’est précisément ce qui caractérise le mode de vie particulier du peuple Wayuu.

Riohacha, la capitale de la Guajira, est un foyer d’ingénieurs, d’écologistes, de spécialistes des relations communautaires et de gestionnaires sociaux de toutes ces entreprises qui ont remporté des contrats avec le gouvernement. Ces mêmes entreprises qui n’ont pas encore changé leur approche de ces peuples, et qui laissent l’interculturalité et le respect des droits de l’homme aux ONG. Tous veulent entrer dans la région, y monter leurs projets, mais ne veulent pas comprendre le monde qu’ils vont profaner de façon irrémédiable. Aucune trace de l’action des organisations non gouvernementales dans ce processus.

On parle beaucoup à l’heure actuelle d’alliances stratégiques entre différents acteurs, mais il semble que dans ce cas, chacun ait décidé de suivre sa propre voie. Peut-être serait-ce le bon moment de repenser réellement les nouveaux types d’actions, où les deux parties collaborent et apprennent l’une de l’autre ? Peut-être ces nouveaux modèles de coopération dont on parle tant sont-ils basés sur les objectifs de développement durable de l’ONU, sur la responsabilité sociale des entreprises ou même sur les bénéfices partagés ? C’est là que l’on apprécie vraiment la futilité des nouveaux agendas internationaux et les nombreux défis à venir.

Un autre personnage qui parcourt les ranchs de nos jours est celui des conseillers. Ce sont des individus qui se présentent aux communautés comme des défenseurs des droits de ces groupes, lorsque les Wayuu commencent à négocier avec les différentes compagnies pour obtenir une compensation pour l’impact que leurs actions auront sur les territoires. Certains, avant le début des négociations entre les entreprises et les collectivités, demandent à l’avance de l’argent pour leurs services. Il importe peu qu’après les négociations, les communautés n’aient rien reçu, car elles, les conseillers, avec leur programme parallèle, auront reçu leur argent. Un autre exercice d’abus.

Voir l’article d’El PaÍs

Adriana CIRIZA et Mikel BERRAONDO sont des spécialistes senior en coopération et développement chez ZABALA Innovation Consulting.