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Horizon Europe

Horizon Europe et son impact sur l’innovation européenne

analyse programme horizon europe
Camino Correia

Camino Correia

Directrice Projets européens / Comité exécutif

Alors que se poursuivent les discussions autour du prochain cadre financier pluriannuel 2028–2035, la Commission européenne a publié vendredi dernier l’évaluation à mi-parcours des quatre premières années d’Horizon Europe, le neuvième programme-cadre de l’UE pour la recherche et l’innovation. Ce rapport ne se contente pas d’analyser les résultats obtenus : il trace également les orientations futures du programme, réaffirmant une conviction que nous partageons chez Zabala Innovation depuis 1986 : la R&D&I est le moteur de la compétitivité européenne.

Avec plus de 15 000 projets financés à ce jour et un budget dépassant les 43 milliards d’euros, Horizon Europe s’est imposé comme le principal instrument européen pour promouvoir l’excellence scientifique, la coopération internationale et l’impact économique. Le Pilier II du programme — centré sur les défis mondiaux et la compétitivité industrielle européenne — constitue l’un de ses axes fondamentaux, concentrant 59 % des fonds disponibles. Sur cette enveloppe, 60,4 % ont été attribués à des clusters dédiés à l’action climatique et à la transformation numérique.

Ce pilier favorise la constitution de grands consortiums, comptant en moyenne 16 partenaires, avec des subventions pouvant atteindre 2,9 millions d’euros. Il a permis de générer plus de 1 900 innovations et 24 dépôts de propriété intellectuelle. Il abrite également les partenariats européens, des instruments stratégiques mobilisant l’industrie, les PME et les centres de savoir autour de défis communs à grande échelle.

Chez Zabala Innovation, nous sommes fier·e·s d’avoir accompagné 2 % des propositions financées dans ce pilier. Nous savons que ce n’est pas chose facile.Nous savons que ce n’est pas chose facile : y participer implique de coordonner visions, compétences et ressources dans un environnement complexe et hautement concurrentiel. Mais nous savons aussi que l’ambition et la coopération portées par Horizon Europe n’ont pas d’équivalent dans l’écosystème européen.

Ambition et envergure

Entre 2021 et 2023, le programme a alloué 35 % de ses fonds à l’action climatique, dépassant ainsi les objectifs précédents, et 65 % des thématiques scientifiques liées au climat du Cluster 5 ont contribué aux travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). En matière de biodiversité, l’investissement est passé de 7,9 % à 8,7 %, avec un objectif de 10 % pour la période 2026–2027. Pour la qualité de l’air, 3,76 milliards d’euros ont été mobilisés. Les technologies numériques ont reçu 33 % du budget, tandis que la sécurité civile a représenté 10 % du Pilier II.

Le programme a également investi plus de 9 milliards d’euros dans 10 000 PME, principalement dans les domaines de la numérisation et de l’énergie propre, avec 70 % de leur participation concentrée dans le Pilier II. 51 % des participants sont nouveaux, bien que la majorité des coordinateurs restent des acteurs déjà établis.

L’évaluation identifie naturellement aussi des axes d’amélioration. Le premier est la complexité du programme lui-même : rien que dans le Pilier II, on recense plus de 70 instruments différents et des centaines de thématiques. Dans un contexte extrêmement concurrentiel, avec un taux de réussite de 16 %, les départements spécialisés et les cabinets de conseil sont devenus essentiels. En effet, 70 % des candidats ont eu recours à ce type de soutien pour soumettre leur proposition, en particulier dans les projets collaboratifs à haut niveau de maturité technologique.

Concernant l’impact de l’innovation, bien que l’accès libre ait progressé pour atteindre 79 % des résultats, le défi reste de transformer la recherche en bénéfices tangibles pour la société et l’économie. Ce fossé met en évidence la nécessité de renforcer la valorisation et l’exploitation des résultats.

Défis et propositions

Le budget reste un autre défi structurel. Seules 30 % des propositions jugées de haute qualité sont financées. Pour répondre aux 70 % restants, il faudrait mobiliser 82 milliards d’euros supplémentaires. Dans notre cas, près de trois propositions sur quatre accompagnées par Zabala Innovation sont évaluées comme excellentes, mais seule la moitié d’entre elles obtient un financement. Certaines propositions, bien que notées au maximum, sont écartées en raison de critères de départage tels que l’égalité de genre, ce qui empêche souvent des projets à forte valeur ajoutée d’être mis en œuvre.

Le rapport souligne également la nécessité d’améliorer les synergies entre les programmes européens. Pour les projets nécessitant plus de vingt ans entre la recherche et leur arrivée sur le marché, il est essentiel de réduire les redondances et de créer des passerelles entre les différentes initiatives. C’est pourquoi, chez Zabala Innovation, nous défendons une approche centrée sur les projets plutôt que sur les programmes.

En vue du prochain programme-cadre (FP10), notre cabinet propose de maintenir un programme indépendant, doté d’un budget suffisant et d’une gouvernance souple, adaptée aux enjeux européens. Il est essentiel de renforcer les consortiums industriels, de simplifier les instruments, de favoriser les synergies, de promouvoir la gestion de l’innovation et de reconnaître le rôle professionnel des cabinets spécialisés dans des aspects clés tels que l’impact social, la dissémination et l’exploitation des résultats.

Ces priorités consolident la voie que nous avons tracée, depuis notre participation à l’audition publique du Parlement européen jusqu’à notre contribution stratégique à l’écosystème Horizon Europe. Le programme a démontré sa valeur ; il est désormais temps d’en étendre la portée et de maximiser son impact.

Notre expert(e)

Camino Correia
Camino Correia

Bureau de Pampelune

Directrice Projets européens / Comité exécutif