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Les 10 appels à projets du Fonds européen de défense en 2026
Son budget d’environ 1 milliard d’euros est réparti entre 31 ‘topics’
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Le programme EDF continue de financer la R&D, tandis que l’EDIP et SAFE activent la fabrication, les achats conjoints et l’approvisionnement
Les points clés de cet article
La politique européenne de défense a élargi son champ d’action. Le Fonds européen de défense conserve son rôle d’instrument de soutien à la R&D collaborative, mais Bruxelles a introduit de nouveaux outils pour renforcer la production, promouvoir les achats conjoints et sécuriser les approvisionnements. Dans ce mouvement, l’EDIP et SAFE ouvrent la voie à une politique industrielle de défense davantage centrée sur la capacité de livraison, la réduction des dépendances et la préparation de l’UE à l’horizon 2030.
Pendant des années, la politique européenne de défense s’est structurée autour de programmes de coopération technologique et de développement industriel, d’abord avec le Programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense (EDIDP), puis avec le Fonds européen de défense (EDF). Ces derniers mois, ce paysage s’est élargi. La Commission européenne maintient l’EDF comme principal instrument de financement des projets collaboratifs de R&D, mais l’entoure désormais de nouveaux leviers pour accroître la production, organiser les achats conjoints, surveiller les chaînes d’approvisionnement et combler les lacunes capacitaires d’ici 2030. Parallèlement, le Conseil européen associe ce mouvement à une idée de plus en plus présente dans son discours politique : une Europe plus souveraine, plus responsable de sa propre défense et mieux équipée pour agir.
Le point de départ de cette trajectoire a été l’EDIDP. Bruxelles le présente comme le premier programme européen de subventions destiné au développement de capacités et au cofinancement du développement conjoint de produits et de technologies de défense, doté de 500 millions d’euros pour 2019 et 2020. Aujourd’hui, son rôle n’est plus celui d’un instrument de premier plan, mais celui d’un antécesseur. L’évaluation intermédiaire de l’EDF, adoptée en juin 2025, comprend une analyse spécifique de l’EDIDP, signe que la Commission européenne le considère désormais comme un programme précurseur dont il convient de tirer des enseignements pour la phase suivante.
Cette phase suivante continue de s’appuyer sur l’EDF comme principal levier de financement des projets collaboratifs de R&D. Le programme de travail 2026, adopté le 17 décembre 2025, prévoit 1 milliard d’euros et 31 topics pour la recherche et le développement en matière de défense, avec une date limite de soumission des propositions fixée au 29 septembre. Dans l’intention de Bruxelles, cette répartition vise à équilibrer le financement entre le cœur traditionnel des capacités militaires, les capacités du futur et l’innovation, tout en réservant un espace spécifique aux PME et aux entreprises de taille intermédiaire via EUDIS.
Fort d’une expérience consolidée dans les domaines de la sécurité, de l’espace et de la défense – des secteurs dont le poids stratégique n’a cessé de croître dans l’agenda européen –, Zabala Innovation renforce son engagement dans cet appel à projets en accompagnant ses clients tout au long du processus. Le cabinet affiche un solide bilan dans ce programme, avec un taux de succès de 58 %, et une implication allant de la rédaction des propositions à la mise en œuvre des projets, en contribuant à des fonctions clés telles que la coordination, la gestion, la diffusion et l’exploitation des résultats.
Le nouveau langage institutionnel ne s’arrête pas là. Dans le Livre blanc sur la défense européenne – Readiness 2030, présenté il y a un an et devenu depuis un cadre de référence, Bruxelles et la Haute Représentante structurent les priorités autour de sept grands domaines capacitaires. Y figurent la défense aérienne et antimissile, l’artillerie, les munitions et les missiles, les drones et les systèmes antidrones, la mobilité militaire, la combinaison de l’intelligence artificielle, des technologies quantiques, du cyber et de la guerre électronique, ainsi que les facilitateurs stratégiques et la protection des infrastructures critiques. Le document ne se limite pas à énumérer des capacités : il relie ces lacunes à des incitations européennes, à l’agrégation de la demande et aux achats collaboratifs, c’est-à-dire à une chaîne allant de la définition des besoins à la phase industrielle.
Ce déplacement s’est renforcé le mois dernier. Lors de sa dernière réunion, tenue le 19 mars, le Conseil européen a appelé à davantage de projets concrets dans les prochains mois et a demandé à l’industrie européenne de défense d’augmenter sa production, notamment pour les équipements prioritaires. Les chefs d’État et de gouvernement ont également mis en avant l’évolution des coalitions de capacités, le développement et l’acquisition conjointe de systèmes de drones et antidrones, la protection du flanc oriental, ainsi que les capacités de défense aérienne, de frappe de précision et les services spatiaux. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement. La R&D demeure, mais le centre de gravité institutionnel se déplace vers l’exécution, la capacité de production et la rapidité de livraison.
C’est dans ce contexte qu’intervient le Programme européen pour l’industrie de défense (EDIP), à ne pas confondre avec l’ancien EDIDP. Bruxelles le présente comme une initiative de 1,5 milliard d’euros pour 2025-2027 visant à renforcer et moderniser l’industrie européenne de défense, accroître les capacités de production et garantir un approvisionnement continu en équipements militaires. À la suite de l’accord politique conclu en octobre 2025 entre le Parlement et le Conseil, la Commission européenne a enrichi ce dispositif avec des éléments dépassant la logique classique des subventions à la R&D : soutien à l’industrialisation des produits, renforcement des chaînes d’approvisionnement, mise en place d’un régime européen de sécurité d’approvisionnement, projets européens d’intérêt commun en matière de défense et exigence de 65 % de contenu fabriqué dans l’UE pour les projets financés.
L’autre pilier de ce tournant est SAFE, l’instrument financier adopté par le Conseil le 27 mai 2025 pour soutenir les investissements conjoints des États membres dans la production industrielle de défense et combler les lacunes critiques en matière de capacités. En pratique, SAFE déplace le centre de gravité du débat européen. Il ne s’agit plus seulement de cofinancer des consortiums technologiques, mais de mobiliser des volumes financiers pour acheter ensemble et soutenir une base industrielle capable de livrer. La Commission européenne elle-même le définit comme un outil destiné à accélérer la préparation en matière de défense grâce à des investissements urgents et de grande ampleur au service de l’industrie. Le mécanisme est déjà opérationnel, après l’approbation des plans nationaux et les premières vagues de soutien financier.
La notion d’autonomie stratégique a accompagné l’ensemble de cette évolution, mais sa traduction institutionnelle a changé. Le Conseil européen rappelle que, depuis la déclaration de Versailles de mars 2022, les dirigeants des 27 ont convenu d’investir davantage et mieux dans la défense, de renforcer l’industrie et de réduire les dépendances stratégiques. En juin 2025, son président, António Costa, a résumé cette évolution par une formule désormais récurrente : une Europe plus souveraine, plus responsable de sa défense et mieux équipée pour agir de manière coordonnée. En mars 2026, cette même idée s’est étendue au domaine économique dans l’agenda One Europe, One Market, dans lequel les dirigeants ont lié compétitivité, autonomie stratégique et sécurité économique, tout en appelant à une « préférence européenne » proportionnée dans les secteurs et technologies stratégiques, ainsi qu’à une cartographie des dépendances dans les domaines sensibles.
La politique industrielle de défense de l’UE s’organise ainsi selon un continuum qui ne commence ni ne s’achève plus au laboratoire. La stratégie industrielle présentée en mars 2024 a fixé des objectifs pour 2030 et 2035 qui permettent de mesurer cette évolution. Bruxelles a invité les États membres à acquérir de manière collaborative au moins 40 % de leurs équipements de défense d’ici 2030, à porter les échanges intracommunautaires de défense à au moins 35 % du marché européen et à progresser vers un objectif de 50 % des budgets de passation de marchés de défense dépensés au sein de l’UE d’ici 2030, puis 60 % d’ici 2035.

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Susana Garayoa
Chef des relations institutionnelles à Bruxelles

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