Aller aux nouvelles

Transition énergétique

Décarboner l’industrie par la biomasse

Votre projet biomasse est-il réellement éligible au BCIAT ? Évaluer mon projet BCIAT

Les points clés de cet article

L’appel à projets BCIAT, porté par l’Ademe dans le cadre de France 2030, vise à accélérer la décarbonation industrielle grâce à la production de chaleur renouvelable à partir de biomasse. Destiné aux projets de grande envergure, le dispositif combine exigences élevées en matière de performance, maturité technologique et durabilité des approvisionnements.

Le dispositif est ouvert. Les porteurs de projets peuvent candidater jusqu’au 17 juillet 2026.
L’industrie se transforme. Le programme soutient la substitution des énergies fossiles par de la chaleur renouvelable.
La maturité est exigée. Les projets doivent atteindre un niveau technologique élevé pour garantir leur fiabilité.
La biomasse est encadrée. L’Ademe impose des critères stricts sur l’origine et la durabilité des ressources.
L’efficacité est priorisée. Les candidats doivent démontrer des gains énergétiques avant de recourir à la biomasse.

Les porteurs de projets innovants dans la production de chaleur renouvelable à partir de biomasse ont jusqu’au 17 juillet 2026 pour déposer leur dossier dans le cadre du dispositif Biomasse chaleur pour l’industrie, l’agriculture et le tertiaire (BCIAT). Piloté par l’Agence de la transition écologique (Ademe), dans le cadre de France 2030 et financé par le Fonds Chaleur, cet appel à projets vise l’accélération de la décarbonation des sites industriels tout en encadrant strictement l’usage des ressources biomasse.

Dans un contexte marqué par la volatilité des prix de l’énergie et le durcissement des contraintes climatiques, la chaleur représente un enjeu central pour l’industrie. Souvent produite à partir d’énergies fossiles, elle constitue un gisement majeur de réduction des émissions. C’est précisément sur ce segment que se positionne le BCIAT. L’appel à projets cible en priorité les industries manufacturières, avec des projets capables de produire au moins 12 GWh de chaleur renouvelable par an. Un seuil élevé, qui confirme le positionnement du dispositif sur des installations de taille significative.

Vous avez un projet innovant dans ce domaine ? Nous pouvons vous accompagner !

Les technologies éligibles couvrent un spectre large : chaudières biomasse, générateurs d’air chaud, mais également des solutions plus avancées telles que la pyrolyse, la pyrogazéification ou la méthanisation. Pour ces dernières, un seuil spécifique de 8 GWh/an est requis, à condition que le biogaz soit valorisé sous forme de chaleur.

Une ouverture technologique… sous forte exigence de maturité

Si le dispositif se veut technologiquement ouvert, il impose en parallèle un niveau d’exigence élevé. Les projets doivent démontrer une maturité industrielle avancée, en particulier pour les technologies émergentes comme la pyrolyse ou la gazéification. « Ce cadre est structurant, car il incite à considérer la biomasse non comme une simple alternative fossile, mais comme un levier intégré à la transformation globale des procédés », analyse Parisa-Louise Darzi, coordinatrice opérationnelle Projets nationaux chez Zabala Innovation.

L’Ademe écarte de facto les solutions insuffisamment éprouvées, en exigeant un niveau de maturité technologique (TRL) élevé, égal à 9 ou supérieur. Objectif : limiter les risques techniques et garantir la performance réelle des installations financées. Cette orientation traduit une volonté de privilégier des projets immédiatement opérationnels, capables de contribuer rapidement aux objectifs de décarbonation.

Biomasse : une ressource stratégique sous surveillance

Au-delà des aspects technologiques, c’est bien la question de la ressource qui cristallise l’attention. Le recours à la biomasse, s’il constitue une alternative aux énergies fossiles, soulève des enjeux croissants en matière de disponibilité, de durabilité et de concurrence d’usage.

L’appel à projets BCIAT impose ainsi aux candidats de présenter un plan d’approvisionnement particulièrement structuré, intégrant des garanties sur :

  • la traçabilité des ressources,
  • leur origine géographique,
  • leur caractère durable (certifications type FSC ou PEFC),
  • et la sécurisation des volumes dans la durée.

L’Ademe se montre particulièrement vigilante quant au risque de pression sur les ressources forestières. Par conséquent, les projets doivent démontrer leur capacité à s’inscrire dans un écosystème local équilibré, sans déstabiliser les filières existantes.

La hiérarchie des usages énergétiques comme principe directeur

Autre pilier du dispositif : la biomasse ne constitue pas une solution par défaut. Les porteurs de projets doivent s’inscrire dans une logique de hiérarchisation énergétique, désormais incontournable dans les politiques publiques.

Concrètement, les candidats doivent démontrer qu’ils ont exploré en amont :

  • la réduction des besoins énergétiques,
  • l’amélioration de l’efficacité des procédés,
  • la récupération de chaleur fatale,

avant d’envisager le recours à une énergie renouvelable comme la biomasse.

Dans certains cas, cette démonstration s’appuie sur des analyses d’opportunité énergétique de type PACTE Industrie, venant objectiver le choix technologique retenu. « Il est essentiel d’adopter une approche systémique. L’étude d’opportunité permet de démontrer que la solution biomasse retenue est bien la plus pertinente sur les plans technique, économique et environnemental », souligne à ce propos Mme Darzi.

Une compétition fondée sur la performance carbone

La sélection des projets repose sur une logique résolument compétitive. Les dossiers sont évalués selon une grille de notation dominée par un critère central : le coût de la décarbonation. Ainsi, 50 % de la note repose sur l’efficacité économique du projet, mesurée en euros par tonne de CO₂ évitée sur une période de 20 ans. Un indicateur qui place la performance carbone au cœur du dispositif.

Les autres critères portent sur :

  • la qualité de la stratégie de décarbonation (25 %),
  • la robustesse du plan d’approvisionnement (20 %),
  • et la qualité technique du projet (5 %).

Trois classements distincts sont établis selon les technologies mobilisées, avant une sélection finale en fonction des budgets disponibles et d’un volume global de biomasse mobilisable.

Un processus structuré pour sécuriser les projets

Le parcours de candidature intègre une étape préalable obligatoire : le pré-dépôt, à réaliser au moins un mois avant la date limite. Cette phase permet aux porteurs de projets d’échanger avec l’Ademe et de valider les grands équilibres de leur dossier. L’objectif est double : améliorer la qualité des candidatures et limiter les risques d’inéligibilité en phase finale.

Depuis sa création en 2008, l’appel à projets BCIAT a permis de financer de nombreux projets industriels d’envergure. L’édition 2025, prolongé jusqu’à juillet 2026, s’intègre dans la continuité de la Stratégie française pour l’énergie et le climat, avec pour ambition de renforcer la décarbonation de l’industrie. Dans ce cadre, la chaleur renouvelable issue de la biomasse demeure un levier encore sous-exploité, mais doté d’un fort potentiel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre tout renforçant l’indépendance énergétique accrue des sites industriels.