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Matières premières

Les métaux critiques en France et en Europe face aux défis d’innovation

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La question des métaux critiques est devenue centrale dans les politiques industrielles et environnementales, tant en France qu’en Europe. Dans un contexte marqué par des tensions d’approvisionnement récurrentes, les autorités cherchent à développer des filières innovantes pour sécuriser l’accès à ces ressources essentielles. Les initiatives françaises, en lien avec les plans européens, visent à réduire la dépendance aux importations, à favoriser le recyclage et à encourager l’adoption de technologies avancées. Parisa-Louise Darzi, coordinatrice des projets nationaux pour la France chez Zabala Innovation, souligne que « l’enjeu principal est d’anticiper les risques d’approvisionnement en intégrant la dimension technologique et économique dans une démarche durable ». L’appel à projets Métaux critiques 2, récemment lancé par le Gouvernement a, s’inscrit pleinement dans cette dynamique en soutenant des projets industriels et de R&D contribuant à renforcer la souveraineté industrielle.

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Selon le rapport 2024 de la Commission européenne sur les matières premières critiques, près de 35 % des métaux nécessaires aux industries stratégiques du club des 27 proviennent de pays tiers, exposant le Vieux Continent à des risques significatifs. Ces métaux — incluant lithium, cobalt, terres rares et nickel — sont indispensables à la production de batteries, de dispositifs électroniques et à la transition énergétique. Le rapport précise également que la demande devrait augmenter de 60 % d’ici 2030, renforçant la nécessité d’actions coordonnées. Dans ce contexte de forte dépendance, la France s’inscrit dans une logique d’autonomie stratégique, en ligne avec les orientations du plan France 2030, qui prévoit notamment « une montée en puissance des capacités de production et de recyclage sur le territoire national », indique Mme Darzi.

En 2023, le ministère français de la Transition écologique a publié un état des lieux sur les filières de métaux critiques, soulignant la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement face aux tensions géopolitiques et économiques. Le rapport met en évidence la concentration de la production dans un nombre restreint de pays, ainsi qu’une forte volatilité des prix, souvent liée à des décisions politiques, comme les restrictions imposées par la Chine sur les terres rares. Mme Darzi met en garde contre une approche trop restrictive : « Il ne suffit pas d’assurer la production : il faut également innover dans les procédés industriels, optimiser la consommation des ressources et envisager des substitutions réalistes, ce qui exige une collaboration étroite et durable entre industriels, chercheurs et acteurs publics ».

Souveraineté verte

L’Union européenne, selon son Plan d’action pour les matières premières critiques adopté en 2023, encourage le développement de technologies vertes permettant une extraction plus respectueuse de l’environnement, ainsi que le recyclage avancé des matériaux. Bruxelles insiste sur l’importance de mettre en place des démonstrateurs industriels et d’investir dans des chaînes de valeur locales, en particulier  dans les secteurs de la mobilité électrique et de l’aéronautique. Le rapport Strategic dependencies and capacities, publié l’année dernière, souligne la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement et de renforcer la résilience industrielle, « afin de réduire la vulnérabilité des industries européennes face aux ruptures d’approvisionnement », précise Mme Darzi.

Sur le terrain, plusieurs projets en France témoignent de cette dynamique. La création d’unités de recyclage et la modernisation des procédés sur des sites existants contribuent à l’objectif de réduction de la dépendance. L’appel à projets Métaux critiques 2, mentionné précédemment et lancé dans le cadre de France 2030, vise à soutenir ces initiatives, en accordant une priorité aux acteurs émergents capables de porter des innovations rapides et industrialisables. « Ce dispositif, dont la date limite pour le dépôt des dossiers est le 24 février 2026, reflète la volonté de renforcer la compétitivité nationale tout en répondant aux enjeux climatiques », explique Mme Darzi. Elle ajoute : « Les projets retenus doivent démontrer leur capacité à sécuriser l’approvisionnement tout en minimisant l’impact environnemental, en se situant à la pointe des technologies disponibles ».

Les efforts se concentrent également sur la réduction de la consommation spécifique des métaux, grâce à l’optimisation des volumes nécessaires et à la substitution lorsque cela est possible. Ce volet est essentiel pour garantir une transition vers une économie plus circulaire. Le rapport de l’Agence de la transition écologique (Ademe), publié fin 2023, souligne l’importance de la recherche dans ce domaine, notamment pour développer des alliages alternatifs et des processus industriels moins gourmands en ressources critiques. Mme Darzi rappelle que « l’innovation technologique doit être pensée dès la conception des produits pour réduire la demande en métaux rares, ce qui constitue un défi majeur pour les industriels ».

Soutien ciblé

La structuration des filières locales s’accompagne d’un suivi rigoureux des marchés avals et des besoins des secteurs stratégiques, parmi lesquels figurent l’énergie, le transport, la santé, la défense et l’électronique. L’Institut national de la propriété industrielle (INPI) observe une hausse notable des dépôts de brevets liés aux technologies associées aux métaux critiques en France, signe de la montée en puissance de l’innovation dans ce domaine. Pour Mme Darzi, « la valorisation de ces innovations passe par un soutien public accru, notamment via des appels à projets ciblés, afin de permettre un passage rapide à l’échelle industrielle ».

Le contexte international rappelle toutefois la fragilité des chaînes de valeur. La crise de l’aluminium en 2018, les restrictions chinoises sur l’exportation de terres rares ou encore la pénurie de magnésium liée à des décisions internes en Chine constituent autant de signaux d’alerte. Ces événements ont mis en évidence la nécessité de disposer d’outils performants pour évaluer et anticiper les risques liés d’approvisionnement, une préoccupation partagée par les acteurs industriels et financiers. Mme Darzi insiste sur ce point : « Il est indispensable d’intégrer une meilleure information sur les vulnérabilités dans la chaîne d’approvisionnement, ce qui permettra une réaction plus rapide et coordonnée face aux crises ».

Enfin, les projets soutenus dans le cadre de Métaux critiques 2 doivent être implantés sur le territoire national, contribuent ainsi à renforcer l’attractivité industrielle de la France. Cette dimension territoriale est perçue  comme un levier clé pour générer de la valeur ajoutée locale et accompagner les transitions industrielles dans un cadre durable. « Le développement de ces filières est une priorité nationale qui s’inscrit pleinement dans les ambitions européennes, avec pour objectif de faire de la France un acteur incontournable dans la maîtrise des métaux critiques », conclut Mme Darzi.