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CISAF

La Commission européenne adopte le nouveau cadre d’aide d’État pour l’industrie propre

Clean Industrial State Aid Framework

La Commission européenne a approuvé la semaine dernière un nouveau cadre d’aide publique, appelé Clean Industrial State Aid Framework (CISAF), qui restera en vigueur jusqu’à la fin de 2030. Il autorise les États membres à octroyer, dans la limite de 350 millions d’euros par projet, des aides destinées à soutenir la fabrication de technologies propres, la décarbonation industrielle et la production d’énergies renouvelables. Cet instrument vise à freiner la fuite des investissements stratégiques hors de l’Union européenne et à accélérer la transition vers une industrie bas carbone grâce à une réglementation plus simple et prévisible pour les entreprises.

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L’initiative, qui s’inscrit dans la feuille de route du Clean Industrial Deal et remplace le cadre temporaire de crise et de transition en vigueur depuis 2022, met en place de nouvelles conditions facilitant le déploiement de projets énergétiques et technologiques dans cinq grands domaines : les énergies renouvelables et les combustibles bas carbone, le soutien électrique aux industries énergivores, la transformation des installations industrielles, le développement des capacités de fabrication, et la réduction du risque financier dans les investissements propres.

Parmi les principales nouveautés figure la possibilité d’accorder des aides publiques sans attendre les longs processus d’autorisation communautaire, à condition que les investissements respectent les exigences du cadre. « Il s’agit d’un avantage compétitif direct pour ceux qui sont prêts à investir en Europe dès maintenant », souligne José Alberto de la Parte, directeur des projets stratégiques et membre du comité exécutif de Zabala Innovation. « Le CISAF est une invitation à soutenir l’industrie propre européenne avec des règles claires et des horizons temporels définis », ajoute-t-il.

L’un des piliers centraux du dispositif approuvé est l’accélération rapide du déploiement des énergies renouvelables et des combustibles à faibles émissions de carbone, comme l’hydrogène vert ou bleu. À cet effet, les États membres pourront appliquer des procédures de soutien simplifiées, réduire les délais de traitement des autorisations et adopter des mesures de flexibilité sur les réseaux électriques afin d’intégrer de manière sûre les sources intermittentes comme le solaire ou l’éolien.

Bouclier industriel

Le cadre prévoit également une réduction temporaire du coût de l’électricité pour les secteurs industriels à forte consommation énergétique. Les entreprises bénéficiaires de ces mesures devront s’engager à investir dans la décarbonation de leurs procédés. Cette condition vise à garantir un équilibre entre le soutien public et la transformation structurelle des industries les plus exposées à la concurrence internationale.

En ce qui concerne le soutien à la fabrication de technologies propres sur le territoire européen, le CISAF ouvre la porte à des aides individuelles susceptibles d’empêcher la délocalisation des investissements de grands groupes. Cette flexibilité permettra d’intervenir dans des cas jugés stratégiques d’un point de vue industriel. Le champ technologique couvert s’étend des modules photovoltaïques aux batteries, pompes à chaleur ou composants critiques définis dans la Loi sur l’industrie zéro émission nette.

« La transition énergétique exige des capacités industrielles propres, pas seulement la consommation de technologies étrangères », observe De la Parte, pour qui « la clé est de garantir qu’en Europe, on produise ici ce dont on a besoin pour réduire les émissions sans accroître les dépendances ».

Outre le renforcement des capacités productives, le cadre prévoit des mécanismes pour atténuer les risques associés à l’investissement privé dans les projets d’énergies propres, les infrastructures ou l’économie circulaire. Les aides pourront prendre la forme de capitaux, de prêts ou de garanties, notamment dans le cas de véhicules d’investissement spécifiques dédiés au développement technologique et énergétique.

Avantage local

Le CISAF instaure également des incitations fiscales, telles que l’amortissement accéléré des investissements, afin de stimuler la demande de technologies propres sur le marché communautaire. Parallèlement, il introduit une approche territoriale permettant aux régions les moins développées de bénéficier de conditions plus avantageuses pour attirer les projets industriels. À cet effet, les cartes des aides régionales en vigueur dans chaque pays seront appliquées.

Autre nouveauté du nouveau cadre : l’obligation pour les États d’utiliser des procédures comme l’évaluation du déficit de financement ou les appels d’offres compétitifs pour octroyer les aides, afin d’éviter les distorsions de concurrence et de garantir un marché équitable entre les projets.

Le nouvel instrument cohabitera avec d’autres régulations européennes, telles que les lignes directrices relatives aux aides d’État dans les domaines du climat, de l’environnement et de l’énergie, ou le règlement général d’exemption par catégories, qui permet l’application de certaines aides sans autorisation préalable.

Pour les projets particulièrement significatifs, les États membres pourront mettre en place ce qu’on appelle des vallées d’accélération vers la neutralité carbone, où les procédures d’évaluation environnementale seront partiellement prises en charge par les administrations publiques, raccourcissant ainsi les délais d’approbation.

Souveraineté accrue

Bruxelles estime que, grâce à la mise en œuvre complète du CISAF, l’Europe pourra atteindre un niveau d’autonomie de 40 % dans les technologies stratégiques d’ici à 2030. Le cadre juridique a déjà été transmis aux États membres et entrera en vigueur immédiatement afin de faciliter l’adoption rapide de nouveaux régimes nationaux d’aide.

« La prévisibilité offerte par ce cadre est l’un de ses atouts majeurs. Quiconque a un projet viable saura avec certitude quels soutiens existent, à quelles conditions et pour combien de temps », souligne De la Parte.

Le nouveau cadre – dont le projet, présenté en mars, a été soumis à une consultation publique qui s’est clôturée fin avril – n’inclut pas d’affectations budgétaires directes de Bruxelles. Il habilite les États à mobiliser leurs ressources nationales selon une réglementation commune. Cette architecture vise à accélérer la prise de décision au niveau local, sans perdre le contrôle ni la cohérence de l’ensemble des politiques industrielles européennes. On prévoit que, dans le cadre du CISAF, jusqu’à 100 milliards d’euros seront mobilisés pour soutenir la fabrication de technologies propres dans l’UE.